Le mot wokisme est devenu omniprésent dans le débat public français, souvent pour dénoncer ou caricaturer des positions dites « woke ». Mais de quoi parle-t-on exactement ?
Manifestation à Fukuoka, le 21 juin 2020. Crédit: N. Y. from Hakata-ku Fukuoka-shi,, Empire of Japan?Wikimedia Commons. License CC0 1.0
Dans les dictionnaires, wokisme désigne, souvent avec une nuance péjorative, un courant de pensée d’origine américaine qui dénonce les injustices et discriminations subies par des minorités (raciales, de genre, sexuelles, etc.). Le terme renvoie à la « pensée woke ».
« Woke » vient de l’anglais afro-américain (African-American English) : être « awake/woke », c’est rester vigilant face au racisme et aux inégalités. L’expression stay woke circule dès le XXᵉ siècle, puis le mot se diffuse plus largement dans les années 2010, notamment pendant les mobilisations après Ferguson (2014) et au sein de Black Lives Matter, avant d’élargir son sens à d’autres causes de justice sociale.
Que recouvre le terme, concrètement ?
Sous l’étiquette « woke », on range généralement :
- la lutte contre le racisme, y compris sa dimension dite « systémique » ;
- les combats féministes (harcèlement, violences, inégalités) ;
- la défense des droits LGBTQ+ ;
- la critique des héritages coloniaux et des discriminations culturelles ;
- des pratiques symboliques (écriture inclusive, politiques de diversité, relecture de noms de lieux, etc.).
Ces thèmes existent indépendamment du mot « woke » ; l’étiquette sert surtout à les regrouper (parfois abusivement) dans l’espace médiatique.
Comment « wokisme » est devenu un mot polémique
À partir de la fin des années 2010, « woke » est de plus en plus utilisé par ses adversaires, en Europe et en France, pour critiquer des formes jugées moralisatrices, sectaires ou identitaires des mouvements progressistes. D’où la création du substantif wokisme, employé comme un marqueur polémique plutôt qu’un concept scientifique stabilisé. Des analyses de presse et d’universitaires soulignent que le terme sert souvent d’épouvantail pour disqualifier ou simplifier des débats complexes.
En France, le mot s’inscrit dans des controverses récurrentes (université, culture, école, médias). Plusieurs tribunes et ouvrages s’en prennent au « wokisme », tandis que d’autres estiment que le mot floute la réalité des discriminations et entrave un débat rationnel.
Arguments et critiques – en bref
Ce que défendent les partisans (ou assimilés) :
- rendre visibles des inégalités persistantes ;
- élargir l’idéal d’égalité à des situations concrètes (politiques de diversité, changement des normes, etc.).
Ce que dénoncent les critiques :
- une tendance à l’intransigeance ou à la censure (tribunes, « culture de l’annulation ») ;
- un rejet de l’universalisme au profit d’identités fragmentées ;
- une importation supposée de modèles américains « incompatibles » avec le contexte français.
Pourquoi le terme pose problème
- Il est largement péjoratif dans l’usage courant, ce qui biaise la discussion.
- Il mélange des phénomènes hétérogènes (recherches académiques, militantismes, politiques publiques, débats culturels).
- Des institutions et observateurs recommandent parfois de préciser plutôt que d’employer « wokisme » (parler, selon les cas, de racisme systémique, d’études de genre, de politiques de diversité, etc.).
En résumé
- À l’origine, woke renvoie à une vigilance face aux injustices (raciales d’abord, puis plus largement).
- Aujourd’hui, wokisme sert surtout d’étiquette polémique, fréquemment péjorative, dans les controverses françaises sur la justice sociale.
- Pour mieux débattre, il est utile de nommer précisément les sujets en cause (police et discriminations, égalité femmes-hommes, droits LGBTQ+, politiques mémorielles) plutôt que de tout ranger sous un terme-valise.
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