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C’est quoi une « intifada » ?

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En arabe, intifāda (انتفاضة) signifie littéralement « secousse », « se débarrasser de la poussière », et, par extension, « soulèvement ». Le mot décrit un mouvement populaire de protestation – parfois non violent, parfois armé – visant à « secouer » un ordre jugé oppressif. L’usage moderne s’est imposé surtout pour parler des soulèvements palestiniens, mais le terme peut désigner d’autres révoltes dans le monde arabe.

Manifestants palestiniens dans la bande de Gaza pendant la guerre de 2023
Photo d’Anas Al-Sharif. Crédit: Fars Media Corporation / Saleh Najm and Anas Sharif / Wikimedia Commons. License CC BY 4.0

Manifestants palestiniens dans la bande de Gaza pendant la guerre de 2023

Les deux intifadas palestiniennes (1987-1993, 2000-2005)

1) La première intifada (9 décembre 1987 – 13 septembre 1993)

Elle éclate dans la bande de Gaza puis en Cisjordanie, sur fond de frustration face à l’occupation et d’incidents mortels qui mettent le feu aux poudres. Ce soulèvement se caractérise par des grèves, boycotts, refus de payer les taxes, manifestations, graffitis, comités populaires – et aussi des heurts, jets de pierres et cocktails Molotov contre les forces israéliennes. Le bilan humain est lourd, avec plus de victimes palestiniennes qu’israéliennes. Politiquement, la dynamique née de l’intifada débouche sur des négociations secrètes à Oslo et la Déclaration de principes signée le 13 septembre 1993, qui reconnaît mutuellement Israël et l’OLP et crée l’Autorité palestinienne.

Sur le plan des pertes, des organisations de référence relèvent près de 2 000 morts au total durant cette intifada, avec un rapport d’environ 3 Palestiniens tués pour 1 Israélien (les estimations varient selon les sources et périmètres).

2) La seconde intifada (28 septembre 2000 – février 2005)

Elle démarre à l’automne 2000, après l’échec du sommet de Camp David et la visite controversée d’Ariel Sharon sur l’Esplanade des Mosquées/Mont du Temple à Jérusalem. Cette phase est nettement plus violente : attentats suicides et attaques armées côté palestinien ; opérations militaires massives, assassinats ciblés, réinvasion de villes de Cisjordanie et bouclages prolongés côté israélien. On compte plus de 4 300 morts en environ cinq ans, là encore avec un ratio d’environ 3 Palestiniens pour 1 Israélien. La période se clôt en 2005 avec la rencontre de Sharm el-Cheikh.

Parmi les effets durables, Israël lance la construction de la barrière en Cisjordanie au nom de la sécurité, un chantier qui redessine concrètement les mobilités et la vie quotidienne de part et d’autre.

Que recouvre – et ne recouvre pas – le mot « intifada » ?

  • Un spectre d’actions très large : de la désobéissance civile (grèves, boycotts, refus d’impôts, comités de quartier) à la violence armée (fusillades, attaques à l’explosif) selon les acteurs et les moments. Le terme ne présume pas, en soi, du degré de violence ; il décrit un soulèvement populaire.
  • Des narratifs opposés : pour de nombreux Palestiniens, l’intifada est une lutte contre l’occupation et pour des droits nationaux ; pour de nombreux Israéliens, surtout durant la seconde intifada marquée par des attentats contre des civils, elle est assimilée au terrorisme. Les deux lectures coexistent, et la recherche historique distingue soigneusement acteurs, cibles et contextes.

Un mot au-delà de la Palestine

Dans l’usage arabe, intifada peut baptiser d’autres soulèvements : par exemple Bahreïn dans les années 1990 ou des mobilisations en Irak, au Sahara occidental, etc. Hors du monde arabe, le mot s’emploie rarement pour d’autres contextes.

À retenir

  • Sens : « secousse », « soulèvement » ; un mouvement populaire visant à « se débarrasser» d’un ordre jugé injuste.
  • Histoire : deux séquences centrales dans le conflit israélo-palestinien (1987-1993 ; 2000-2005), la première associée à des formes de résistance civiles et l’émergence du processus d’Oslo, la seconde marquée par une violence de haute intensité et des répercussions sécuritaires et territoriales durables.


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