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Aspects philosophiques des pandémies

Abstract

De l’existentialisme d’Albert Camus et Sartre, au remplacement du rituel d’exclusion par le mécanisme disciplinaire de Michel Foucault, forme idéale de contrôle des autorités étatiques de toutes les formes de « désordre », et à la modernité virale et au bioinformationalisme. Et à propos de l’hypothèse Gaia, développée par James Lovelock et soutenue dans la pandémie actuelle par Bruno Latour.

Aspects philosophiques des pandémies

Tout au long de l’histoire de l’humanité, il y a eu un certain nombre de pandémies. La pandémie la plus dévastatrice a été la peste connue sous le nom de peste noire, qui a tué environ 200 millions de personnes au 14e siècle (Philipkoski 2015) et la pandémie de grippe de 1918 (grippe espagnole). (Centers for Disease Control and Prevention et Hajmirbaba 2020) Les pandémies actuelles incluent le COVID-19 et le VIH / SIDA.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a décrit les étapes de l’évolution d’un virus grippal en pandémie : (National Center for Biotechnology, Information, National Library of Medicine, et National Institutes of Health 2020)

  1. Probabilité incertaine de pandémie
    1. Phase 1 : infection d’animal à animal uniquement
    2. Phase 2 : Infection d’animal à humain (considérée comme une menace de pandémie humaine)
    3. Phase 3 : cas humains sporadiques ou groupés (pas d’épidémie soutenue au niveau communautaire)
  2. Probabilité moyenne à élevée – Phase 4 (foyers soutenus au niveau communautaire)
  3. Probabilité élevée à sûre – Phase 5 (soutenue dans deux pays d’une région de l’OMS)
  4. Pandémie en cours – Phase 6 (soutenue dans les régions non OMS)
  5. Après la pandémie
    1. Pic (les niveaux chutent sous le pic dans la plupart des pays)
    2. Nouvelle vague possible (l’activité augmente à nouveau dans la plupart des pays)
    3. Après la pandémie (les niveaux reviennent aux niveaux saisonniers normaux)

Remarques :

  • Les phases 3 à 6 sont « soutenues », impliquant une transmission interhumaine.
  • Après la phase 6 : les « pays » concernés sont les « correctement supervisés ».
  • L’OMS n’utilise plus officiellement la catégorie « pandémie ». (Nebehay 2020)

Michel Foucault, dans Surveiller et punir : Naissance de la prison, (Michel Foucault 1975) décrit les mesures prises au XVIIe siècle dans une ville, sur la base d’un ordre, contre la pandémie de peste (Chapitre 3. Le Panoptisme) :

« D’abord, un strict quadrillage spatial : fermeture, bien entendu, de la ville et du « terroir », interdiction d’en sortir sous peine de la vie, mise à mort de tous les animaux errants ; découpage de la ville en quartiers distincts où on établit le pouvoir d’un intendant. Chaque rue est placée sous l’autorité d’un syndic ; il la surveille ; s’il la quittait, il serait puni de mort. Le jour désigné, on ordonne à chacun de se renfermer dans sa maison : défense d’en sortir sous peine de la vie. Le syndic vient lui-même fermer, de l’extérieur, la porte de chaque maison ; il emporte la clef qu’il remet à l’intendant de quartier ; celui-ci la conserve jusqu’à la fin de la quarantaine. Chaque famille aura fait ses provisions ; mais pour le vin et le pain, on aura aménagé entre la rue et l’intérieur des maisons, des petits canaux de bois, permettant de déverser à chacun sa ration sans qu’il y ait communication entre les fournisseurs et les habitants ; pour la viande, le poisson et les herbes, on utilise des poulies et des paniers. S’il faut absolument sortir des maisons, on le fera à tour de rôle, et en évitant toute ren- contre. Ne circulent que les intendants, les syndics, les soldats de la garde et aussi entre les maisons infectées, d’un cadavre à l’autre, les « corbeaux » qu’il est indifférent d’abandonner à la mort : ce sont « des gens de peu qui portent les malades, enterrent les morts, nettoient et font beaucoup d’offices vile et abject.

« Et s’il bouge, il y va de sa vie, contagion ou punition. L’inspection fonctionne sans cesse. Le regard partout est en éveil : « Un corps de milice considérable, commandé par de bons officiers et gens de bien », des corps de garde aux portes, à l’hôtel de ville, et dans tous les quartiers pour rendre l’obéissance du peuple plus prompte, et l’autorité des magistrats plus absolue, « comme aussi pour surveiller à tous les désordres, voleries et pilleries ». Aux portes, des postes de surveillance ; au bout de chaque rue, des sentinelles. Tous les jours, l’intendant visite le quartier dont il a la charge, s’enquiert si les syndics s’acquittent de leurs tâches, si les habitants ont à s’en plaindre ; ils « surveillent leurs actions ». Tous les jours aussi, le syndic passe dans la rue dont il est responsable; s’arrête devant chaque maison; fait placer tous les habitants aux fenêtres (ceux qui habiteraient sur la cour se verraient assigner une fenêtre sur la rue où nul autre qu’eux ne pourrait se montrer) ; appelle chacun par son nom; s’informe de l’état de tous, un par un — « en quoi les habitants seront obligés de dire la vérité sous peine de la vie »; si quelqu’un ne se présente pas à la fenêtre, le syndic doit en demander raisons : « Il découvrira par-là facilement si on recèle des morts ou des malades. » Chacun enfermé dans sa cage, chacun à sa fenêtre, répondant à son nom et se montrant quand on lui demande, c’est la grande revue des vivants et des morts.

« Cette surveillance prend appui sur un système d’enregistre- ment permanent : rapports des syndics aux intendants, des intendants aux échevins ou au maire. Au début de la « serrade », un par un, on établit le rôle de tous les habitants présents dans la ville ; on y porte « le nom, l’âge, le sexe, sans exception de condition » : un exemplaire pour l’intendant du quartier, un second au bureau de l’hôtel de ville, un autre pour que le syndic puisse faire l’appel journalier. Tout ce qu’on observe au cours des visites — morts, maladies, réclamations, irrégularités — est pris en note, transmis aux intendants et aux magistrats. Ceux-ci ont la haute main sur les soins médicaux ; ils ont désigné un médecin responsable ; aucun autre praticien ne peut soigner, aucun apothicaire préparer les médicaments, aucun confesseur visiter un malade, sans avoir reçu de lui, un billet écrit « pour empêcher que l’on ne recèle et traite, à l’insu des magistrats, des malades de la contagion ». L’enregistrement du pathologique doit être constant et centralisé. Le rapport de chacun à sa maladie et à sa mort passe par les instances du pouvoir, l’enregistrement qu’elles en font, les décisions qu’elles prennent.

« Cinq ou six jours après le début de la quarantaine, on procède à la purification des maisons, une par une. On fait sortir tous les habitants ; dans chaque pièce on soulève ou suspend « les meubles et les marchandises »; on répand du parfum; on le fait brûler après avoir bouché avec soin les fenêtres, les portes et jusqu’aux trous de serrure qu’on remplit de cire. Finalement on ferme la maison tout entière pendant que se consume le parfum ; comme à l’entrée, on fouille les parfumeurs « en présence des habitants de la maison, pour voir s’ils n’ont quelque chose en sortant qu’ils n’eussent pas en entrant ». Quatre heures après, les habitants peuvent rentrer chez eux. » (Michel Foucault 1975)

Les épidémies et pandémies majeures ont toujours été des événements sociaux et culturels importants. Dans Folie et Déraison : Histoire de la folie à l’âge classique, Michael Foucault (Michel Foucault 2001) décrit le Grand Confinement, basé sur le modèle de la colonie de la lèpre, un « jeu d’exclusion » qui a dominé pendant des siècles les structures d’exclusion où le rôle du lépreux a été remplacé par les pauvres, les vagabonds, les prisonniers et de ceux considérés comme « fous ». Foucault écrit :

« Au Moyen Age, l’exclusion frappe le lépreux, l’hérétique… J’ai voulu décrire la modification d’une structure d’exclusive… La lèpre disparue, le lépreux effacé, ou presque, des mémoires, ces structures resteront. Dans les mêmes lieux souvent, les jeux de l’exclusion se retrouveront, étrangement semblables deux ou trois siècles plus tard. Pauvres, vagabonds, correctionnaires et « têtes aliénées » reprendront le rôle abandonné par le ladre, et nous verrons quel salut est attendu de cette exclusion, pour eux et pour ceux-là mêmes qui les excluent. Avec un sens tout nouveau, et dans une culture très différente, les formes subsisteront – essentiellement cette forme majeure d’un partage rigoureux qui est exclusion sociale, mais réintégration spirituelle. » (Michel Foucault 2001, 6)

Dans Abnormal: Lectures at the Collège de France, 1974-1975, (Michel Foucault 2004) Foucault montre que la solution adoptée pour la peste était la quarantaine, qui divisait les villes en sections contrôlées: une forme de contrôle administratif dans la pyramide, où fonctionnait la surveillance permanente. Comme l’explique Foucaultm ce n’est pas une exclusion, c’est une quarantaine. Il ne s’agit pas d’expulser des individus, mais de les réparer et de les récupérer, de leur offrir leur propre place, d’attribuer des places et de définir des présences et des subdivisions. Pas de rejet, mais d’inclusion. Il n’y a plus aucune sorte de division globale entre deux types ou groupes de population … celui qui a la lèpre et celui qui n’en a pas … Il y a une observation étroite et méticuleuse … un examen constant d’un champ de dans lequel chaque individu est constamment évalué pour déterminer s’il respecte la règle, la norme de santé définie. (Michel Foucault 2004, 45‑47)

Comme Elden l’observe, dans le traitement des villes pesteuses,

« Le plan d’urgence pour la maladie épidémique comprenait les mesures suivantes :

  1. Toutes les personnes doivent rester à la maison pour être isolées dans un certain endroit, même dans une pièce ;

  2. La ville est divisée en secteurs ou régions distincts, des inspecteurs patrouillent dans les rues et un système de surveillance générale est utilisé pour la compartimentation et le contrôle ;

  3. Afin d’accompagner les rapports détaillés provenant de ces secteurs, il y aura un système d’information centralisé ;

  4. Les personnes qui ne se présenteront pas aux inspecteurs à leurs fenêtres seront sans aucun doute contractées par la peste et devront donc être transportées chez une infirmière spécialisée en dehors de la ville. Les statistiques peuvent être obtenues à partir des rapports suivants ;

  5. Les maisons doivent être désinfectées et stérilisées. » (Elden 2003, 243)

L’analyse de Foucault se retrouve aujourd’hui dans les stratégies de gestion de la santé publique pour le traitement du coronavirus.

L’OMS a publié, en 1999, avec des révisions en 2005 et 2009, un guide des situations de pandémie. (World Health Organization 2010) (World Health Organization 2011) Toutes les versions de ce document font référence à la grippe. Les mesures de gravité de la pandémie étaient basées sur le taux de mortalité (Centers for Disease Control and Prevention 2007) bien que cela ne soit pas considéré par certains spécialistes comme une mesure appropriée de la gravité de la pandémie. (Reed et al. 2013)

Les étapes de base du contrôle d’une épidémie sont la limitation (par la surveillance, l’isolement et la thérapie, y compris la vaccination) (Threats 2007) et l’atténuation (après avoir contrôlé la propagation de la maladie), mais ces étapes peuvent également être abordées simultanément. (Baird 2020) Réduire le pic épidémique (« aplatir la courbe épidémique ») réduit le risque de surpeuplement des services de santé et laisse du temps pour le développement de vaccins et de traitements. (Anderson et al. 2020) (Stawicki et al. 2020) Des mesures non pharmaceutiques (Stawicki et al. 2020) telles que l’hygiène des mains, le port de masques, l’auto-quarantaine et la distanciation sociale sont également utilisées. (Qualls et al. 2017)

Pendant la pandémie, certaines formes d’enquêtes philosophiques sont toujours mises en avant. L’approche la plus courante dans ces situations est l’existentialisme, qui explore la nature de l’existence en mettant l’accent sur l’expérience du sujet humain, (MacQuarrie 1973) à partir d’une « angoisse existentielle » ou d’un sentiment de désorientation, de confusion ou d’anxiété face à une réalité dénuée de sens, ou monde apparemment absurde. (Solomon 1776) Søren Kierkegaard est considéré comme le premier philosophe existentialiste, (Crowell 2020) bien qu’il n’ait pas utilisé le terme existentialisme. (Kierkegaard 1992) Selon Kierkegaard, chaque individu – pas la société ou la religion – est seul responsable de donner un sens à la vie et de la vivre avec passion et sincérité, ou « authentique ». (Watts 2003) La valeur prédominante de la pensée existentialiste est la liberté, sa principale vertu étant l’authenticité.

La notion d’absurde contient l’idée qu’il n’y a pas de sens dans le monde au-delà de celui que nous lui donnons. Cela inclut également l’amoralité ou « l’injustice » du monde.

Sisif, de Franz Stuck, Galeria Ritthaler, München, Germania(Sisyphe, le symbole de l’absurdité de l’existence, peinture de Franz Stuck (1920))

L’existentialisme est généralement compris de deux manières fondamentales. Selon Albert Camus, le monde ou l’être humain n’est pas en soi absurde. L’absurdité apparaît en juxtaposant les deux en raison de l’incompatibilité entre eux. (Wartenberg 2008) L’autre interprétation, de Søren Kierkegaard, affirme que l’absurde se limite aux actions et aux choix des êtres humains. Celles-ci sont considérées comme absurdes parce qu’elles proviennent de la liberté humaine, sapant leur fondement en dehors d’elles. Selon Camus, le héros suprême de l’absurde vit sans signification et fait face au suicide sans céder. (Michelman 2010)

« L’angoisse existentielle » est considérée comme un sentiment négatif qui résulte de l’expérience de la liberté et de la responsabilité humaines. Le désespoir est aussi un sentiment propre à l’existentialisme, (The Free Dictionary 2020) étant défini comme une perte d’espoir.

La Peste d’Albert Camus (La Peste), un roman publié en 1947, raconte l’histoire d’une épidémie de peste qui aurait eu lieu dans la ville franco-algérienne d’Oran. (Camus 1972) La peste est considérée comme un roman existentialiste classique, (Hughes 2010) mettant l’accent sur l’incapacité des personnages individuels à influencer leur destin, même le pouvoir de l’absurde.

Dans Surveiller et punir : Naissance de la prison, (Michel Foucault 1975) Michel Foucault met en évidence la surveillance stricte des habitants de la ville, avec un pouvoir des autorités exercé sans discrimination. Un modèle bien développé du mécanisme disciplinaire. Il est établi par ordre pour chaque individu sa place, sa maladie et sa mort, son bien-être. Un spectacle de l’absurde qui change l’identité des gens, laissant apparaître une vérité complètement différente. Le fléau, en tant que forme, à la fois réelle et imaginaire, du trouble et désordre, s’oppose à la discipline médicale et politique corrélative. Une discipline considérée par les autorités comme idéale pour le contrôle des rébellions, des crimes, du vagabondage, des désertions, et en général des personnes qui apparaissent et disparaissent, vivent et meurent dans le désordre. (M. Foucault, Agamben, et Benvenuto 2020)

Contrairement à la lèpre, qui a donné lieu à des rituels d’exclusion, la peste a donné lieu à des projets disciplinaires. Au lieu de diviser les gens comme dans le cas de la lèpre, le mécanisme disciplinaire dans le cas de la peste a appelé à une surveillance et un contrôle, une intensification et un raffinement du pouvoir. Des compartiments tactiques ont été utilisés au lieu de l’exil. Séparation (marquée) contre segmentation (analysée et distribuée). Exil contre arrestation, avec des idéaux politiques différents. Le premier est celui d’une communauté pure, le second celui d’une société disciplinée, l’utopie de la ville parfaitement gouvernée. (M. Foucault, Agamben, et Benvenuto 2020)

Michael A. Peters, Petar Jandrić et Peter McLaren discutent, dans Viral modernity? epidemics, infodemics, and the ‘bioinformational’ paradigm, le concept de modernité virale, basé sur la nature des virus et leur rôle dans l’évolution et la culture, et le concept de bioinformationalisme. Dans ce paradigme, le COVID-19 peut être considéré comme une réponse « bioinformationaliste » qui « représente un niveau unique de partage d’informations, du séquençage du génome aux tests de vaccination. » (Peters, Jandrić, et McLaren 2020)

Petar Jandrić note que les virus informatiques apportent une modernité virale qui « provoque et perturbe l’ouverture d’un modèle de distribution libre, ainsi que des connaissances, des médias et des systèmes d’apprentissage distribués ». L’altérabilité des informations permet au virus de modifier et de changer les informations, fournissant les conditions d’auto-réplicabilité. (Peters 2012, 62)

L’article de Peters, Jandrić et McLaren, indiquent que la compréhension de ces forces complexes d’un point de vue historique et politique est essentielle pour examiner l’épidémie actuelle de COVID-19. Ils montrent comment la bioinformation, la modernité, les concepts de virus et de quarantaine et de politique de la post-vérité « se combinent en un ragoût public empoisonné dans ce cas ». (Peters, Jandrić, et McLaren 2020) Les auteurs soulignent l’importance de l’éducation informelle en relation avec la biopolitique, la gestion de la santé publique et le bioinformationalisme dans ce cas.

L’hypothèse de Gaia, également appelée hypothèse de la réaction de la Terre (J. Lovelock 2001) formulée par James Lovelock (J. E. Lovelock 1972) et développée plus tard par Lynn Margulis (J. E. Lovelock et Margulis 1974) propose l’idée que les organismes vivants interagissent avec leur environnement inorganique sur Terre pour former un système complexe synergique et autorégulé qui aide à maintenir et à perpétuer les conditions de vie sur la planète. L’hypothèse de Gaia stipule que ce système détermine la stabilité de la température globale, la salinité de l’eau de mer, les niveaux d’oxygène atmosphérique, le maintien d’une hydrosphère d’eau liquide et en général les variables environnementales qui affectent la vie sur Terre.

Selon l’hypothèse, les organismes co-évoluent avec leur environnement, « influencent leur environnement abiotique, et cet environnement, à son tour, influence le biote à travers le processus darwinien ». (J. Lovelock 1995)

Au XXe siècle, des scientifiques russes ont introduit des concepts qui chevauchent l’hypothèse Gaia. (Lapenis 2002) Les versions les moins acceptées de l’hypothèse soutiennent que les changements dans la biosphère se produisent par la coordination d’organismes vivants et maintiennent ces conditions grâce à l’homéostasie. Dans certaines versions philosophiques, toutes les formes de vie sont considérées comme faisant partie d’un seul être planétaire vivant appelé Gaia.

Le célèbre philosophe français Bruno Latour a déclaré lors de la pandémie COVID-19, dans Imaginer les gestes-barrières contre le retour à la production d’avant-crise, qu’il faut prendre soin de ce que l’on a, car c’est fini. Cela semble ajouter une limite politique à l’hypothèse Gaia de James Lovelock, qui explique comment la Vie git pour se protéger. Comparé à l’infini des mondes enseignés par la science, Lovelock, avec Margulis, a prouvé que la Terre est unique parce qu’elle a la vie. (Latour 2020)

Bruno Latour considère que la confirmation de l’idée des deux est sa plus grande découverte de cette période, bien qu’encore non acceptée par la science principale. En ce sens, le changement de paradigme de la cosmologie aristotélicienne à Galilée est tout aussi important que celui de Galilée à Gaïa.

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